LE TAILLAN-MÉDOC, RENCONTRE. Le shaper Didier Damestoy applique les méthodes de l’aéronautique, sa spécialité, à la planche de surf. Les meilleurs surfeurs accourent à son atelier de Germignan
Toutes les 3 secondes, Didier Damestoy quitte la planche de surf qu’il sculpte, millimètre par millimètre, pour consulter un cahier d’écolier rempli de chiffres. « Je dois être le seul shaper à travailler ainsi : je « vois » la forme de la planche grâce à ses côtés, sans dessin. En fait, j’applique au surf les principes et les méthodes que j’ai apprises dans l’aéronautique quand on dessine une aile d’avion. » L’air, l’eau, toujours une affaire de mécanique des fluides, de portance.
Poète, sauf sur le tarmac
Didier Damestoy est shaper, sculpteur de planche de surf. Il note, avec une teinte d’immodestie maîtrisée,
« je suis un artiste, un poète, pas même un artisan ».
Un luxe qu’il peut s’offrir, et donc revendiquer, car sa profession est= ailleurs, dans les avions. Il est superviseur maintenance : c’est lui qui dit si un Airbus peut redécoller (ou non) après qu’un incident technique a été décelé et réparé. Poète, oui, mais pas sur les tarmacs.
Sur la carte de visite du shaper est inscrit « Toy surfboard, design ».
L’atelier est un discret abri en bois dans le jardin d’une anonyme maison du Taillan. Donc loin des spots d’Hawaï ou de Lacanau.
Les surfeurs qui trouvent l’atelier Damestoy ont de bonnes raisons de le faire. Ils s’appellent Joan Duru, le vainqueur du dernier Lacanau Pro, Charly Martin, Fred Robin, Benjamin Sancho, Vincent Duvignac… Que des grands.
« Je suis un surfeur modeste (il a quand même glissé sur toutes les vagues de la planète), mais j’ai une grosse culture surf, et un instinct de la planche que j’ai sécurisé avec les chiffres. Quand un garçon arrive à l’atelier, il me dit « je surfe comme ça, sur tel type de vagues, je souhaite que la planche présente telle et telle qualité ». À moi de jouer. Ce dialogue me suffit ; si je vois le surfeur sur la vague, je risque d’être happé par le visuel qui va brouiller ma réflexion. »
Tel un maître bottier
Ce jour-là, Didier Damestoy réalise une planche pour Charly Termeau, un garçon de 12 ans, surclassé minime, au talent éclatant.
Le jeune Édouard Damestoy, 12 ans, est aussi un bon surfeur. Comme le sont sa maman et sa frangine…
« C’est la création de la planche qui m’intéresse ; alors je confie la strate à un spécialiste. Mes planches sont réputées être rapides, aux réactions saines. »
Pourquoi ne pas se consacrer uniquement à cette activité ?
« Parce que pour en vivre, il faut sortir un millier de planches par an. C’est un autre métier : je suis maître bottier, pas industriel. »
Auteur : Hervé pons
h.pons@sudouest.com